PARIS / BREST / PARIS - 2015


Suite de l'article de "La Gazette" du 18 avril 2015...

Il entame son 8 ème PBP, avec confiance et sérénité !

Cette course a marqué l'histoire de notre sport. Elle fut une des premières à susciter un grand intérêt pour le public et à déplacer des foules. En 1891 pour sa première édition, quelques 10 000 spectateurs, levés aux aurores sont venus voir et encourager le premier vainqueur, Charles TERRONT.
Charles TERRON
Il faut avouer que la course sort de l'ordinaire. Plus de 1 200 km, plus de 10 0000 m de dénivelé, 206 concurrents au départ et le tout en une seule étape, de Paris à Paris... en passant par Brest. Sur un vélo de la marque "HUMBERT" de 21,5 kg, sans dérailleur, équipé du premier pneu démontable sur tringle à écrous multiples, Michelin,* Charles TERRONT mettra 71 heures et 37 minutes pour boucler l'aller/retour et cela sans dormir, après avoir subi 5 crevaisons et un bris de manivelle sur chute.

La voie était ouverte, 120 ans plus tard un cyclo de Saint Avé, sur un vélo plus léger et sur des routes goudronnées améliorera ce temps de quelques 19 heures en faisant l'aller/retour en 52 Heures et 44 minutes et en ayant dormi 3 heures.

Bertand Merlet
Ce cyclo c'est : Bertrand MERLET. Il n'est pas le seul du club à avoir réalisé cette randonnée, il y a aussi, Joachim LE TUMELIN, Marcel BOULO, Thierry SERREAU, mais Bertrand s'est aligné à 7 reprises depuis 1987 et l'a terminée 6 fois. Ce n'est pas fini, il se prépare pour son 8 ème Paris/Brest/Paris, qui a lieu tous les 4 ans et qui partira cette année, le 16 août. Sa longue expérience l'amène à parler de son projet avec confiance et sérénité.

"Mon seul but cette année, c'est de rouler pour le plaisir et surtout de ne pas galérer. Ce n'est pas une course, c'est une randonnée. On roule en groupe, les groupes s'organisent spontanément."

Difficile d'imaginer une simple partie de plaisir sur 1 230 Km en moins de trois jours et cela presque sans dormir. Le plaisir c'est peut être celui de relever un défi personnel motivé par la passion du vélo, celui de fleureter avec ses limites, tant physiques que mentales. Pour Bertrand c'est celui de partager des moments de plaisir et de convivialité avec d'autres, beaucoup d'autres, passionnés de vélo.

Il n'y a pas de classement, il n'y a pas de vainqueur. Il s'agit simplement pour tous d'arriver dans les 90 heures. Pour éviter la course aux records, les organisateurs ont même instauré un temps minimum de 46 heures et 56 minutes, en dessous duquel le brevet n'est pas homologué.

Pour autant, le temps de chaque participant est compté avec précision. La performance et sa mesure sont bien présentes. Ainsi Bertrand nous rappelle qu'il a réalisé son meilleur temps lors de l'édition 2011.

En bon randonneur, on retrouve chez lui un paradoxe : celui de revendiquer une simple randonnée pour le plaisir de rouler... avec d'autres, mais en même temps d'avoir toujours un oeil sur la montre, sur le compteur de vitesse et sur les autres.

Arrêtons-nous un instant sur son temps de 2011 : 52 heures et 44 minutes. Il constitue une réelle performance qui le positionne parmi les meilleurs mondiaux sur ce type d'épreuve.

Si la première épreuve en 1891, n'était ouverte qu'aux hommes et qu'aux français, cette course qui s'est transformée en randonnée dans les années 50, est à ce jour internationale et ouverte à tous. En 2011, sur les 5129 cyclos et cyclotes qui ont pris le départ, on comptait 2918 étrangers issus de quelques 50 nations des 5 continents.

Alors soyons clairs, sur plus de 5 000 participants du monde entier, notre ami Bertrand a réalisé le 76 ème temps et cela à 53 ans. C'est une véritable performance qu'il faut saluer comme telle, même s'il ne s'agit que d'une randonnée.
Cyclo d'époque
En 1987, son premier Paris/Brest/Paris a été bouclé en 80 heures, en 2003, il était à 63 heures. Sans que cela soit un objectif, on sent bien chez Bertrand, certes le souhait de se "faire plaisir", mais aussi comme bien d'autres, le secret espoir de faire encore mieux.

C'est humain !. "Encore meilleurs !" tels étaient les voeux de "La Gazette" pour cette nouvelle année 2015.

En dehors des qualités personnelles, il a su au fil de ces 24 années et de ces 7 éditions tirer le maximum d'enseignements de ses expériences. Fort de cela, il aborde son 8 ème Paris/Brest/Paris en toute quiétude.

Une telle épreuve ne s'improvise pas. Les sorties avec les Cyclos de Saint Avé sont un élément essentiel de sa préparation et nous en reparlerons. La préparation de fond se fait grâce aux brevets qualificatifs. Chaque participant doit justifier de son inscription aux 4 brevets, 200, 300, 400 et 600 km qui sont organisés à travers le monde, entre le 31 octobre 2014 et le 7 juillet 2015. Trois sur quatre doivent être terminés. Ces brevets constituent un socle minimum pour pouvoir s'aligner au départ.

"Les brevets sont très sympas, il y a une très bonne ambiance, on est en groupe, on finit par se connaître entre habitués. Ils permettent de mieux gérer les nuits et si on le fait en équipe c'est un bon moyen de voir comment chacun se comporte face à des difficultés et dans un contexte sortant de l'ordinaire."

C'est une information, Bertrand fait la préparation avec Loïc LEPAGE, que "La Gazette" a également rencontré. Ils ne savent pas encore s'ils rouleront toujours ensemble. Divers témoignages et retours d'expériences montrent que vouloir rouler 1200 km à deux n'est pas toujours judicieux. Contraints d'adopter un même plan de route, il peut devenir un compromis, qui peut sur une telle distance se révéler inadapté aux deux et ainsi conduire à l'échec. Bertrand le rappelle : "Il ne faut pas grand-chose pour enrayer la machine";

Au delà de l'équipier éventuel, le plus important pour Bertrand se résume en deux choses :

         - Trouver ou former sur la route un groupe adapté à sa condition physique et qui soit aidant pour réaliser la meilleure performance, mais en veillant à ne pas dépasser ses limites. "Il ne faut pas se mettre dans le rouge". "Il faut rester en dedans, sinon on passe dans le rouge et on ne peut pas récupérer après". Cela exige de très bien se connaître et d'avoir une bonne connaissance de la gestion des pelotons de cyclos. Un bon abri ce peut être, 30 % d'efforts en moins.

         - Le second point, c'est de respecter au mieux le rythme biologique (circadien) déterminé pour chacun de nous par le jour et la nuit. Ainsi Bertrand a pu mesurer que si l'on décide de dormir un peu, il faut dormir la nuit et si possible entre minuit et 5 heures du matin, la seconde nuit. La sieste, en plein jour, ne permet pas de récupérer comme la nuit. Il en a fait l'expérience.

Photo nuit
Au coeur de la nuit, entre Paris et Brest. - Photo : WWW.flickriver.com

Le matin aux aurores, il prend un petit déjeuner, à midi un déjeuner, il y a des points de restauration tous les 80 kilomètres et le soir un souper normal. Il faut se rapprocher au mieux d'un rythme de vie normal, sans y perdre trop de temps et même si la première nuit est sacrifiée par beaucoup.

"J'ai constaté que la nuit on a l'impression d'avancer plus vite, mais ce n'est qu'une impression, on n'avance pas et cela demande une grande attention, qui finit par user". "J'ai la chance d'avoir de la famille à Loudéac même, tout prêt du point de contrôle, je peux donc me reposer et récupérer dans un cadre familier, dans un vrai lit, durant ... 3 heures !". "J'ai battu mon record en dormant 3 heures alors que le précédent je l'avais fait sans dormir. La seconde nuit peut être terrible, vers une heure du matin ça te tombe dessus d'un seul coup".

Bertrand a donc pour méthode de réaliser cette épreuve extraordinaire en s'efforçant d'adopter un rythme des plus ordinaire et au plus proche de la vie de tous les jours.

Son plan de route est séquencé par les contrôles obligatoires tous les 80 kilomètres. "Il ne faut pas penser aux 1200 km !". Dans son esprit il enchaîne une succession de "sorties du dimanche" de 80 kilomètres, avec deux bidons, une barre énergétique, sans aucune vitamine miraculeuse ou autre. De bons repas et de l'eau, c'est tout. L'ensemble est toutefois séquencé en trois phases d'environ 400 km avec une phase de récupération en dormant aux 800 km, histoire d'aborder les 400 derniers en pleine forme.

Revenons sur la préparation complémentaire aux brevets obligatoires. Certains préconisent, en plus de ces brevets de faire des entraînements de 2000 km ? !... dans l'espoir de se sentir à l'aise sur 1200 km. C'est prendre le risque de ne travailler que le fond en oubliant le travail en "résistance". Mais c'est surtout prendre le très grand risque de se trouver en surentraînement et de négliger les indispensables périodes de récupération, qui vont permettre la surcompensation, source de performance. Cf. l'article de "La Gazette" L'essentielle récupération !

Bertrand en a fait l'expérience, il s'est longtemps entraîné sur des distances de 150 km, mais il revenait fatigué à chaque sortie. Il a constaté que les sorties avec le club de Saint Avé lui étaient plus bénéfiques. "A Saint Avé, avec le groupe 2, j'ai l'habitude de rouler à 33-35 km/h, quand je me retrouve sur le Paris/Brest/Paris à rouler à 30 km/h entre Loudéac et Paris, c'est facile !".

Il est vrai que les sorties de groupe avec les jeux de course obligent à faire des efforts prolongés "au seuil", (sous entendu anaérobie). On sait aujourd'hui que ces efforts sont les plus à même d'améliorer les performances. Là encore, Bertrand en a fait la démonstration. Pour être complet, il faut signaler qu'il a l'habitude, histoire de se rassurer, de faire quelque temps avant, deux sorties de reconnaissance de 300 km entre Loudéac et Brest et entre Loudéac et Fougère sur les portions les plus difficiles de l'épreuve.

Vélo équipé PBP
Equipement d'un vélo type Paris / Brest / Paris - Photo : GuyGarcin's Blog - Love Velo.fr

Au plan matériel, Bertrand est bien dans l'esprit randonnée. C'est à dire qu'il fait toute l'épreuve en autonomie, sans véhicule d'assistance, à l'inverse de beaucoup d'autres. Il utilise son vélo de route habituel, équipé d'un éclairage réglementaire, auparavant avec une dynamo, aujourd'hui avec une petite batterie et des LED. A cela, il rajoute une lampe frontale. "En vieillissant on voit moins bien !" avoue-t-il !. Il a un porte-bagage fixé à l'arrière sur sa tige de selle, ce qui en cas de pluie fait fonction de garde-boue et une sacoche sur le guidon.

Ses roues sont équipées en pneu de 23 mm . - Nous pouvons lui conseiller des pneus de 25 mm, dont des études ont montré un rendement équivalent aux 23, mais qui en revanche se révèlent bien plus confortables, ce qui n'est pas négligeable sur une telle distance. Il a essayé en 2003 la "SELLE PROUST", dont le concepteur est bien connu à Saint Avé pour rouler régulièrement avec le Club et ne l'a plus quittée depuis en faisant avec, deux Paris/Brest/Paris. Il utilise des braquets classiques en 10 vitesses. 52-42 à l'avant et du 13 au 25 à l'arrière, le 25 étant la denture de réserve, non utilisée lors de son record en 2011.

Ses deux bidons sont remplis tous les 80 Km. Il est par ailleurs équipé d'un compteur "Garmin Edge 500"... mais problème ! : la batterie ne tient pas les plus de 50 heures que dure la randonnée.

Dans ses sacoches on y trouve : un "Gortex" en cas de pluie, un gilet fluo pour la nuit, des jambières et manchettes en cas de froid la nuit, des barres énergétiques et de quoi réparer les crevaisons, un démonte chaîne et un maillon de rechange, depuis peu un téléphone potable et rien en pharmacie. Rappelons qu'il dispose à Loudéac d'un point de chute où en plus du lit, une paire de roues l'attend en cas de casse.

Voilà ! avec Bertrand, Paris/Brest/Paris, c'est simple et... naturel. Il faut beaucoup et bien travailler avant et après... "les moments difficiles se jouent au mental !".

"La Gazette" s'efforcera, grâce aux nouvelles technologies, de suivre en direct la randonnée, de nos deux amis, ils nous diront après comment s'est passée cette 8 ème et 1 ère fois.

Une précision encore, Bertrand a déclaré à "La Gazette" que la prochaine fois en 2019 - il y pense déjà !- il la fera, mais uniquement pour le plaisir, en dormant au cours des 2 nuits. Il ne nous a pas dit combien d'heures !

Jean Yves LE PERSON.



Loïc LEPAGE... novice et expérimenté !

Photo Loïc Le Page Ils en parlaient depuis plusieurs années, le dimanche matin lors des sorties.
Ils ont en commun la sérénité et la confiance.
Si Bertrand a une expérience de 28 années, Loïc LEPAGE, entamera à 59 ans, son premier Paris/Brest/Paris.
Les longues distances ne lui font pas peur, pour en avoir fait en solo, pour son plaisir. (Vannes - Paris et retour par exemple). A la différence de Bertrand il n'a pas, pour le moment, de plan de route bien établi. En fait, il compte calquer son plan sur celui de Bertrand.
Il roulera donc avec les meilleurs !
Novice sur Paris/Brest/Paris, il a en revanche une expérience de navigateur solitaire en haute mer. Il y trouve d'ailleurs des similitudes, les intempéries, le vent, la gestion du sommeil. Nous n'évoquerons pas les avaries et fortunes de mer !
"Dix heures sans lâcher la barre d'un bateau qui en a besoin et cela en étant bercé par le roulis, c'est très difficile de résister au sommeil !" . "En vélo c'est différent, il nous aide à rester éveiller".
Dans le cadre des brevets qualificatifs, lors du 600 km, il a déjà passé une nuit blanche sur le vélo et cela sans difficulté particulière. Ce qu'il craint le plus, c'est la chaleur, avoue t-il.
Comme Bertrand, il déclare ne pas chercher la performance. Je me satisferai... de finir bien sûr, mais si possible entre 50 heures et 60 heures. Un défi quand même !. Mais Loïc a déjà montré qu'il est homme de défi.

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* Voir "La Gazette" du 20 octobre 2014.


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